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BGIRL JK47 – SOUVENIRS SENSÉS

Dans la culture breaking, il y a quelques noms qu’il serait impossible d’ignorer. Membre des crews ‘Diamonds In the Rough’, ‘Supreme Beingz’ et ‘ Monster Energy Breakers’, bgirl JK-47 est l’une des meilleures représentantes de la génération actuelle. Inspirée par les clips vidéo comme ‘It’s Like That’ de Run DMC, où elle vit pour la première fois la légendaire Asia One faire des powermoves, JK porte maintenant 18 ans de danse derrière elle. Elle a fondé son premier crew de bgirls, qui se nomme Fly Antics, à Vancouver, et a depuis eu un impact fort sur la scène, spécialement pour ses sœurs de sol.

NOTORIOUS IBE, PAYS-BAS, 2012

Cette histoire se passe en 2012, la première fois que j’allais au Notorious IBE. J’avais une amie qui m’encourageait vivement à aller à cet incroyable événement, donc j’ai économisé de l’argent et je me suis dit que j’allais y aller. Mais les choses se sont compliquées, je me suis blessée, je me suis foulée les 2 chevilles donc j’ai dit à mes potes que je ne viendrai plus. C’était juste 3 mois avant le départ, et j’étais déjà blessée depuis près de 6 mois ! Je me suis dit : « Yo, ca ne s’arrange pas, je sens que j’ai besoin de me reposer. ».

Ma pote était très insistante : « Il faut que tu vives cet événement, absolument. Même si tu ne battle pas, juste chill et vis le truc. ». Mais c’était impensable pour moi d’aller à l’autre bout de la terre et ne pas faire le battle, personne ne ferait ça, c’est complétement idiot. En insistant, elle a réussi à me persuader dons je me suis dit : « Ok let’s do this. ».
Je suis allée au Notorious IBE sans attente particulière, je n’avais rien à perdre. J’ai pris mes billets et j’y suis allée avec cet état d’esprit : « OK, je peux juste suivre le rythme, écouter la musique, groover, je n’ai pas à faire quoi que ce soit de fou. Je vais essayer de battle quand même. ». J’ai bandé mes chevilles et je suis allée voir ma pote, Bgirl Roxy de Heart Breakerz crew : « Yo, tu serais chaud qu’on fasse le battle ensemble ? ». Et elle était super motivée !

Donc on s’est inscrites pour faire le battle 2 contre 2 bgirl ensemble. On avait une bonne énergie, on était contentes de danser ensemble, ça a super bien commencé. On gagne les premiers battles comme si de rien n’était. J’étais super étonnée car je ne pouvais pas tout donner, et nous voilà en demi-finale ! Lorsque les demi-finales ont commencé, ils ont commencé à jouer de la musique en live pour les battles. Ça a changé la donne du battle ! Au moment où le live a commencé, plus rien n’avait d’importance, je me suis totalement laissée aller. J’ai senti que mes passages étaient enflammés. Puis on a gagné et on est allées jusqu’en finale. On avait tellement d’adrénaline à ce moment-là que je ne sentais même plus mes blessures. On a dansé et on a gagné la jam, on a gagné le 2 vs 2 bgirl, alors que c’était ma première fois à l’IBE.

Après cette victoire, on a été invitées au battle of the year pour le 2 vs 2. J’ai eu l’opportunité de représenter mon pays, le Canada, dans ces événements.

Je me rappellerai toujours du fait que, à cause de mes blessures, j’avais peu d’attentes, je me sentais faible, en manque de confiance en moi. Mais au final j’ai pu tirer profit de cette situation et danser d’une manière que j’ai sentie plus authentique.

ÉTAT D’ESPRIT

On se prépare toutes et tous énormément lorsqu’on a des grosses compétitions en vue. Et parfois on gagne, parfois on perd. Je me rappelle de 2 moments qui traitent de ma relation avec la victoire et la défaite. C’est très fréquent de vivre une défaite et de sentir que la victoire t’a été volée et de finir énervée et vexée. J’ai le mental d’une compétitrice, et même si ces sentiments appartiennent au passé désormais, je me rappelle de nombreuses fois m’être sentie volée : « Damn, je sais ce que je vaux, j’aurai du prendre cette victoire. ». Auparavant je dépensais beaucoup de temps et d’énergie à être énervée suite à une défaite.

Mon premier souvenir remonte à 2011. Nous avions fait un 2 vs 2 avec une amie et nous avions perdu. C’était fascinant de voir à quel point nous étions énervées et révoltées : « On aurait dû gagner ce battle ! Nos adversaires étaient faibles, qu’avaient les juges en tête ?! ». On a dépensé tellement d’énergie à pestiférer.
Une autre fois était en 2013, lorsque j’étais allée faire le 1 vs 1 bgirl à l’événement Body Carnival Anniversary, au Japon. Il y avait près de 200 bgirls qui passaient les qualifications, et ils n’en gardaient que 8. J’étais confiante dans mes passages donc j’avais de l’espoir. Puis j’ai appris que je n’étais pas qualifiée et je me suis dit que ce n’était pas grave. J’allais juste apprécier mon voyage au Japon et je n’allais perdre mon temps et mon énergie sur des pensées négatives.  

Si j’ai réussi à travailler sur ce comportement c’est grâce à certaines personnes et certaines situations que j’ai vécues. Entre ces 2 dates, 2011 et 2013, j’ai voyagé en Europe. Je ne me rappelle plus exactement où se situait l’histoire suivante, mais en gros ça parlait d’un battle, peu importe où. A ce battle j’ai rencontré mon amie bgirl Tania aka The Hunter, c’est une excellente bgirl espagnole, et une de mes grandes amies. Je me rappelle que nous étions ensemble dans un battle et que j’avais un sentiment négatif concernant ce battle. Je sentais que ce sentiment allait ruiner mon moment, et Tania l’a senti aussi. Tania m’a dit quelques mots pour me rassurer et me calmer. Ce qu’elle m’a dit, malgré la simplicité de ses mots, m’a aidé depuis ce jour. Ça m’a aidé à faire le tri entre ce qui est important et ce qui l’est moins. Elle m’a juste dit : « Jay, sérieusement, ce n’est pas la fin du monde. Il y a un battle la semaine prochaine, puis la suivante, puis la suivante …. Ne prends pas ces choses-là si personnellement. ».

Ça semble si simple, mais dès le moment qu’elle m’a dit dit ça, ça a changé toute ma perspective, ma mentalité, mon approche. Il n’y a aucun besoin de s’énerver, c’est une perte de temps. Quand tu rentres dans un battle, tu vois qui sont les juges donc tu as une idée de ce qu’ils recherchent. Donc tu rentres dans le battle en ayant une petite idée de ce qu’il te faut faire pour optimiser tes chances de gagner. Si bien que ce qu’il se passera dépend de toi. Si les juges ne te sélectionnent pas, ou te déclarent perdante, c’est que tu n’en as pas fait assez. La seule leçon à tirer de cela, c’est qu’il faut retourner à l’entraînement, te tenir responsable des situations dans lesquelles tu te mets, et puis, au final, il y a toujours un autre battle la semaine d’après. Une défaite n’est pas la fin du monde. J’aime cette simple phrase.

 » Je voulais tirer profit de ces passages pour créer des moments d’échange, de partage avec les filles. Je voulais juste créer des moments conviviaux, intimes. « 

« AMPLIFIED » TOUR

J’ai décidé d’organiser et gérer moi-même ma propre tournée de workshops avec comme objectif d’aller rencontrer et aider les bgirls, les filles de la communauté. J’ai appelé la tournée « Amplified », c’était la première fois que quelque chose de tel était réalisé. Une chose à savoir lorsque vous êtes auto entrepreneur, ou artiste indépendant, c’est que vous êtes aussi votre propre manager, votre propre agent. Donc, dès l’instant où j’ai eu cette idée, j’ai pris les choses en main, j’en ai parlé à beaucoup de mes amis dans l’ensemble des Etats-Unis qui sont des leaders, organisateurs locaux de la communauté break. 

Mon idée était simple : lorsque j’atterrissais dans une ville j’allais y donner un workshop. Aussi, s’il y avait un événement à peu près au même moment, je proposais mes qualités en tant que juge. Et surtout, je voulais tirer profit de ces passages dans chaque ville pour créer des moments d’échange, de partage avec la scène locale de bgirls. Je voulais juste amener de la solidarité, partager un moment convivial, amical, que ce soit avant ou après les festivités. J’ai l’impression que tout le monde se retrouve constamment pour des gros événements, mais qu’en est-il des petits moments de vie, de partage entre filles, pour apprendre à se connaître et discuter ? Je n’avais pas pour objectif de faire quelque chose de grand, je voulais juste faire quelque chose d’intime, de confortable. 

Donc j’ai exposé mon idée, et tout le monde était d’accord pour m’accueillir. Ça m’a demandé beaucoup de travail, j’ai fait un flyer, et plus j’avançais dans la préparation de la tournée, plus j’ajoutais des dates au flyer. J’ai parlé avec environ 10 organisateurs qui, eux, préparaient mon arrivée pour le workshop, et moi je préparais l’espace d’échange avec les filles. Parfois même, c’est directement une fois arrivée dans la ville que certaines personnes venaient vers moi pour me proposer un projet. Les gens soutenaient mon initiative, des dates s’ajoutaient constamment à mon voyage, c’était top. Dans chaque ville j’ai eu la chance d’enseigner, de juger un battle et même parfois de participer aux battles. Tout ce travail était dans le but de construire des liens avec et entre les communautés de bgirls, et d’enseigner aussi bien dans les espaces de danse que dans des universités et lycées, pour apporter quelque chose de nouveau. J’ai reçu beaucoup de retours positifs : « J, c’est une idée géniale que tu as eue, merci d’être à l’origine de cette démarche. ». J’ai le sentiment que, lorsqu’il y a un besoin, les éléments s’alignent et font fonctionner les choses. C’était tellement bien d’organiser cela, c’est une chose dont je suis très fière.

SUPREME BEINGZ

Un autre moment, si vrai et si pur, était lorsque j’ai intégré Supreme Beingz. J’ai l’impression que c’est la chose la plus réelle que j’ai vécue.

Supreme Beingz est un crew légendaire, ils existent depuis 1999 et ne font que grandir depuis. On entend souvent parler d’eux, c’est un crew que les gens connaissent. Ce nom est grand, lourd à porter car il est lourd de responsabilités, lourd d’honneur. C’est selon moi, un vrai crew, ce n’est pas une « équipe ». Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a ce vrai lien entre les membres, cette connexion intime et forte.

Alors comment cela s’est-il passé pour moi ? En 2019, je ne connaissais pas encore tous les membres de ce crew, notamment quelques OGs de New York que j’ignorais. Cependant, je connaissais certains membres New Yorkais, et beaucoup de membres en Floride, car la Floride et NY sont leurs 2 quartiers. Je me rappelle un jour ou je parlais à ma pote Queen NV, qui est dans ce crew : « Yo Jay, je pense que ça pourrait vraiment le faire si tu intégrais Supreme Beingz. N’aies pas trop d’espoir mais je pourrais essayer de voir si c’est possible. ». J’avais répondu : « Yo, c’est lourd ! Mais si ce n’est pas possible, ne t’en fais pas. Je ne vais pas me vexer, on sera toujours ensemble, on fera toujours des battles ensemble. ».

Quelques semaines plus tard, je suis allé à l’événement Supreme Beingz Anniversary à New York. Bien que je ne connaissais pas tous les membres, beaucoup venaient quand même vers moi pour me saluer, échanger. Je me rappelle aussi d’un gars qui est venu vers moi et m’a dit : « Ok, on va voir ce que t’as. ». Et on a commencé à se défier, il me regardait danser les bras croisés. C’était fou.

Ensuite, peu de temps après, je suis retournée à New York. Je voulais m’entrainer avec certains membres de Supreme Beingz. Ma pote m’a dit qu’au lieu d’aller à notre spot d’entrainement habituel, on irait s’entraîner au parc. Une fois arrivé là-bas, un certain nombre de membres de Supreme Beingz commencent à se présenter. C’était bizarre car d’habitude ils ne s’entraînent jamais là-bas : « Yo, qu’est-ce que vous faites tous ici ?! ». Mes souvenirs sont flous, mais je suis sûre qu’il y avait Bongo Roc, Jiggz, Frankie, Queen NV, Mike Fresh. On s’entraînait tous ensemble, c’était top.

Puis, à un certain moment, je me rappelle être en train de faire un passage et de me relever. Dès que je me suis levée, Frankie m’a regardé et m’a dit : « C’est maintenant que ça se passe. ». Tous se sont alignés face à moi. Frankie est entré dans le cercle et a fait un passage, puis Queen NV est entrée. En terminant son passage, elle m’a dit : « Tu veux intégrer Supreme Beingz ? ». J’étais comme une dingue : « Oh shiiiiiiiiit ». Je les ai tous battle, on a fait énormément de passages. Je ne me rappelle plus combien de passages exactement, Queen NV m’a dit que j’en ai fait genre 21. Peut être moins, mais c’était fou ! Après ça, ils m’ont tous félicité : « Bienvenue dans la famille ! ». C’était un moment incroyable, tellement important pour moi au fil de ma vie car c’était un moment honnête, réel, pur. Rien n’a été forcé, vous voyez ce que je veux dire ?

 

Texte par : Sophie Duplock. @bgirltriplet

Photos par : Chris Gaor. @yosoy.real

Cet article est dans la troisième édition du magazine BREAKERS.

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